Au cours des trois prochains numéros, Dolorès Contré nous offre des extraits de son
Coffret sur une clé : pédagogie par symboles sur les traditions spirituelles autochtones
publié chez Docomig. Ces extraits sont tirés du quatrième dossier sur les onze traités dans ce coffret.

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Les Messagers ou Intermédiaires

Introduction

 

Les modules précédents nous ont plongé dans les cosmovisions des peuples algiques et iroquoïens ainsi que des célébrations qui y sont associées au fil des saisons. Par ailleurs, nous avons vu que la dispensation des précieux ekinamadiwin provient de messagers célestes ou de ceux que nous appelons des Intermédiaires ou des manifestations de la puissance du Grand Mystère. Bien que leur nature et leur origine nous soient encore mystérieuses, nous pouvons cependant les reconnaître par certains signes et par leurs rôles vis-à-vis de l'humanité.

Nous avons déjà fait mention de Nanabozho (Waynabozho, Manabozho ou Nanabush) chez les peuples Anishinaabeh (Ojibway, Odawa, Chippewa, Algonquin, etc.) et d'une variante Kluscap (ou Glooscap) chez les Abénakis, Mi'kmaq, Malécite et autres peuples habitant la côte atlantique.

Ancien pictogramme d'une paroi rocheuse,
Bon Echo, parc provincial, lac Mazinaw.  

Nous allons en brosser le portrait. Né d'une mère humaine, Wiininwaa « nourriture », et de E‑pangishimog « l'Esprit de l'Ouest », Nanabozho apparaît la plupart du temps sous l'apparence d'un grand lièvre. On dit que ses longues oreilles sont plutôt une émanation de ses rayons puissants associés à des pouvoirs que les grands guérisseurs connaissent aussi. Il a été envoyé sur Terre pour enseigner aux humains les plantes médicinales, la bonté, la générosité, la franchise et l'honnêteté. Nanabozho est considéré comme le Grand Oncle ayant des pouvoirs surnaturels et de transformation biomorphique prenant la forme aussi d'un coyote, d'un corbeau ou d'un géant. Il a façonné le monde tel que nous le connaissons et a donné aux animaux leurs qualités. Il agit en tant qu'Intermédiaire afin de

maintenir les alliances entre le monde céleste et terrestre dans le but de respecter la Terre-Mère et de préserver ses alliés naturels.

 

Nanabush est le Premier Être mi-humain et mi-céleste à explorer le Monde de la Création durant les premières années terrestres et, de ce fait, ses aventures sont à l’origine de toutes les croyances transmises dans un cycle d'histoires sans fin. Doté d'un caractère double, empreint à la fois de réflexion, de connaissances profondes et du désir de découvrir en défiant les lois de la physique, voire même métaphysique, son comportement devient amusant. Parfois fripon, il devient joueur de tours, frôlant la frontière du bon sens et de la fantaisie, il n'hésite pas à briser et à déranger l’ordre normal des choses, à apporter de la turbulence et de la distraction par le biais de l'humour, nous faisant oublier le côté sérieux de la vie. Cependant, grâce à sa pensée intentionnée et à son geste expérimental, il établit de nouvelles règles pour mieux s'adapter à l'environnement. Parfois, ses intrigues amènent les Habitants Esprits-Animaux à se réorganiser, aux éléments de la nature de fonctionner autrement, toujours en s'adaptant dans un monde en continuel mouvement, selon le principe de vie.

 

Plusieurs récits expliquent sa conception, sa naissance et sa parenté. Nokoomis est la Grand-Mère avec qui il cohabite. Elle-qui-sait-Tout, le laisse découvrir qui il est, le sens de la vie, au fur et à mesure de ses interrogations, de ses voyages et de ses rencontres avec les êtres vivants de la Création et du Monde énergétique des Esprits. Nokoomis et son petit-fils établissent les coutumes qui marqueront le début de tout un système complexe allant de cérémonies de guérison de la Midewiwin, au deuil en tenant compte de la conscience de l'âme dans d'autres formes d'existence, jusqu'à celle de l'usage d'offrande par Aseema, le Tabac afin de reconnaître la Terre-Mère, organisme vivant doté d'une intelligence à respecter.

Leur travail est de maîtriser les forces énergétiques du champ magnétique qui entoure la Terre-Mère, les ondes, les courants et les énergies telluriques, aussi celles du chaos du monde cosmique, dans le but d'apporter un nouvel équilibre. Aussi, de mettre en place une alliance environnementale afin d’assurer que l’humain et la nature vivent en harmonie grâce à la transmission de ces connaissances. En tant que Premier Éducateur, il promet de revenir parmi les humains lorsque ceux-ci auront besoin

de lui, car il est le Gardien des croyances et des coutumes Anishinaabeh.

 

Dans plusieurs récits autochtones de l'Amérique du Nord et du Sud, nous mentionnons l'existence d'une échelle de communication entre le monde céleste et terrestre, car tout est interconnecté dans l'univers. Ainsi on se réfère à des êtres venus des étoiles et tout particulièrement de la constellation spatio-temporelle des Pléiares (Pléiades), appartenant à notre univers jumeau duquel nous en sommes le reflet, considérée comme un centre spirituel d'où nous proviennent les Intermédiaires. L'apparition dans l'hémisphère nord de cet amas ouvert d'étoiles marque le début des moissons et des célébrations en hommage aux Habitants du Ciel venus des Quatre Mystères de l'Univers, qui deviennent les Gardiens des quatre directions.

Qui sont ces Messagers, Êtres Lumineux, Habitants du Ciel venus des Quatre Mystères de l'Univers ? Sont-ils nos Frères et Sœurs de l'espace considérés comme nos Protecteurs et Initiateurs [1] ?

Lologramme Ojbway
 Kije-Manito et son omniprésence dans le ciel et l'univers.

Le signe solaire renvoie par sa linéarité à la vie et au temps. L'Arbre de Vie, l'existence de tout ce qui est vivant, le monde de l'interdépendance des plantes et des animaux, la terre et le règne minéral, les familles, la transmission de la langue et des histoires. La constance du féminin originel et du masculin pourvoyeur de la vie.

Un rêveur du soleil, entre le ciel nocturne et la Terre, chez les Menominis cela indique l'arrivée de l'équinoxe d'automne lorsque le bras est penché et l'arrivée de l'équinoxe du printemps lorsque le bras est levé.

Maintenant que nous connaissons un peu leurs rôles à travers l'exemple de Nanabush, nous pouvons affirmer qu'ils sont venus à des moments différents de l'histoire. Ils sont apparus dans différentes régions

géoculturelles ou lieux de pouvoir pour des nations spécifiques sur le continent de la Grande-Tortue. Leur message se propage en périphérie, rejoignant le plus possible un maximum de peuples. Tout comme le soleil se lève à l'Est et se couche à l'Ouest, leur dispensation s'étend de la même manière. Bien que les enseignements, cérémonies et rituels qu'ils apportent ou qui se sont développés par la suite prennent un ancrage défini dans l'espace/temps, il y a une portée universelle non négligeable. Le but est de rappeler les bases du Cercle de Vie, de rafraîchir les Fruits de l'Arbre de Vie et de renouveler les alliances terrestres et cosmiques.  

 

Notons que chaque peuple détient ses variantes de récits métaphoriques sur leur venue. Il faut être attentif à la provenance du récit. La source indique aussi un certain contexte socio-économique particulier ainsi que des valeurs associées aux traditions ou à des religions qui sont venues teinter le message selon des référents spatio-temporels permettant ainsi plusieurs interprétations. Le vocabulaire utilisé est souvent modifié en fonction de ces interprétations et il est préférable de se référer aux mots d'origine dans la langue autochtone pour mieux en saisir le sens intégral.

 

Les peuples autochtones se sont munis de moyens mnémotechniques comme des pictogrammes et des objets symboliques ainsi que l'apprentissage par cœur de chants ou la récitation en groupe dans la langue originelle afin de préserver les Ekinamadiwin. Les idées spirituelles s'expriment par des signes-pensées. La vision onirique des rêveurs est saisie par des pictogrammes ou des dessins. Dans ces dessins, les êtres vivants sont souvent placés dans l'espace cosmique. Ces motifs oniriques tels que l'étoile à huit branches représentant les directions ont une fonction de protection du monde céleste. Le symbole joue un rôle de support à la parole créatrice, à la parole forgée de métaphores, de poésie, de rêves et de récits que nous ont transmis les Messagers Intermédiaires et que nos ancêtres nous ont partagés à leur tour par la tradition orale. L’oralité devient un mode de communication visuelle qui traverse l’intuition de l'âme, c'est la voie de la vérité. La tradition orale est imprégnée par le changement autant que par la continuité de la transmission.

Note : La forme orthographique masculine en langue française est employée de manière neutre et générale, car elle comprend tout aussi bien le féminin.  

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