Sur les planches avec la Bonifacienne
Marie‑Ève Fontaine

Lauréate en 2016 du Prix Roland Mahé-Banque Nationale, choisie, en début d’année, par l’Université de Saint‑Boniface (USB) pour souligner, sous forme théâtrale, le 200 ͤ  anniversaire de l’éducation française au Manitoba, tête d’affiche de la pièce Le dire de Di de Michel Ouellette, Marie‑Ève Fontaine fait de plus en plus sa place sur la scène théâtrale francophone.

Avec le Cercle Molière, le Manitoba francophone peut compter sur la plus ancienne compagnie de théâtre, en langue française, au Canada. On y trouve également une culture très forte de l’improvisation. Ce n’est pas moi qui le dis, mais Marie‑Ève Fontaine dont les parents ont fondé des ligues d’improvisation au Manitoba. Le terreau familial était donc propice à l’éclosion d’une femme de théâtre.

Cependant, étant née à Saint‑Boniface, elle a dû faire un choix quand est arrivé le moment de décider de son parcours universitaire. Était-il possible de suivre une formation en théâtre en français au Manitoba? « Non. » La réponse avait le mérite d’être claire. Il y a bien quelques cours de base qui sont offerts, mais rien qui permet l’obtention d’un baccalauréat. D’où le cap vers l’Université d’Ottawa. « Mais je faisais fréquemment la navette entre l’Est et chez nous! » De plus, les projets ne manque pas pour  la jeune comédienne, puisqu’elle est à la fois auteure et metteuse en scène.  

Afin de souligner le 200 ͤ  anniversaire de l’USB, mais également l’importance de l’éducation en français au Manitoba par les Pères Oblats, depuis l’arrivée en 1818 de l’abbé Norbert Provencher sur les rives de la rivière Rouge. La direction de l’université a demandé à Marie‑Ève Fontaine de mettre en scène ce qui allait devenir le Projet 200. Montée en collaboration avec la troupe universitaire Les Chiens de soleil, la création collective Projet 200 a réuni en mars dernier plus d’une vingtaine de personnes. Elles se sont occupées non seulement de la technique, mais également de l’interprétation d’une centaine de personnages tous réunis dans une quinzaine de tableaux relatant en images, en musique et en humour cette importante page de l’histoire franco-manitobaine. « C’était en majorité des étudiants, mais on a aussi eu quelques membres de la communauté, et même des gens qui étaient en immersion! » Parmi les seize comédiens du spectacle, Marie‑Ève est très fière de dire que cinq étudiants internationaux étaient aussi de la distribution, symbole du renouveau franco‑manitobain.

Ce n’était pas sa première collaboration avec la troupe universitaire. En effet, en 2016, Mme Fontaine avait conçu, écrit et mis en scène La Création. Cet autre projet offrait aux participants un laboratoire sur le jeu d’acteur et le travail de création.  

Jouer en français

Expérimenter, s’impliquer sur la scène et travailler le plus possible en français, c’est ce qui se dégage de la passion du théâtre chez Marie‑Ève Fontaine.

Alors quand, en 2016, est survenu ce coup de pouce avec le Prix Roland Mahé-Banque Nationale de la Fondation pour l'avancement du théâtre francophone au Canada, ce fut très apprécié par l’artiste. Non seulement, y avait-il une bourse de 5 000 $ offerte avec le prix, mais c’était aussi « une tape dans le dos ». Selon la comédienne, si au Manitoba il y a peut-être moins de formation en théâtre, cela ne veut pas dire que « nous sommes dans un milieu moins enrichissant parce nous sommes moins nombreux. » Il faut sortir de ce complexe d’infériorité. Toutefois, un tel prix permet d’avoir accès à un plus grand réseautage, d’où l’importance de faire connaître ce prix à ceux qui sont dans des situations encore plus minoritaires comme à Saskatoon. »

Marie-Ève Fontaine dans Dire de Di de Michel Ouellette, crédit photo : Marc LeMyre 

Après la pièce Dehors jouée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal, les premiers mois de 2018 se sont poursuivis à Toronto et à Ottawa avec Le dire de Di de l’auteur franco‑ontarien Michel Ouellette. Saluée par la critique, la pièce aborde l’histoire d’une jeune fille dont la famille est aux prises, dans le Nord de l’Ontario, avec l’expropriation et la déforestation, en raison de la présence d’une compagnie minière. Une présence qui bouleversera tant le paysage que les gens.

Le reste de l’année devrait s’annoncer tout aussi passionnante pour Marie‑Ève Fontaine. Elle travaille actuellement sur un projet qui devrait porter sur un 

Dans Dehors de Gilles Poulin-Denis, crédit photo : Maxime Côté 

échange épistolaire qui s’est déroulé dans les années 1980 entre l’ancien dictateur panaméen Manuel Antonio Noriega Moreno et une adolescente américaine au moment où celui-ci était traqué par la CIA, après avoir été longtemps un ami de la Maison-Blanche. Décidément, Marie‑Ève Fontaine n’est pas sur le point de se reposer sur ses lauriers!

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