En sourdine

Dessin au crayon de Fanny Hensel
1805 - 1847, exécuté par son mari,
Wilhelm Hensel 
(Source : Wikipédia)

Fanny Hensel, née Mendelssohn, est une musicienne et compositrice qui aurait laissé sa marque dans le monde de la musique durant l’époque romantique allemande du XIX ͤ  siècle si elle avait pu surmonter les obstacles de la condition sociale du XIX ͤ  siècle et si elle avait eu l’appui de son père et les mêmes opportunités qu’a reçu son frère Félix.   

 

La famille Mendelssohn était juive, mais les parents ont choisi d’élever leurs enfants dans la religion protestante afin d’éviter toutes les contraintes oppressantes imposées aux juifs. Née à Hambourg, en Allemagne, d’une famille intellectuelle et bourgeoise, Fanny et ses frères Félix et Paul ainsi que sa sœur Rebecca reçoivent une excellente éducation, leur mère étant leur première éducatrice. Leur père, Abraham, est banquier et leur mère, Lea, pianiste. Dès 1820, Abraham et Lea organisent des concerts chez eux dans leur salon. Ces concerts, appelés Sonntagsmusiken, où se rassemblent amis et membres de la famille, ont certainement contribué à l’éducation musicale de leurs enfants.

 

Très tôt, Fanny démontre des talents musicaux en tant que pianiste et compositrice. Elle étudie le piano avec Ludwig Berger et la composition avec Carl Friedrich Zelter, excellents et célèbres professeurs à Berlin.  

 

Dès l’âge de 13 ans, Fanny a mémorisé les 24 préludes et fugues du Livre 1, Le clavier bien tempéré de Jean-Sébastien Bach. Bien qu’elle est passionnée de musique et de composition, elle n’est pas encouragée à se dévouer à son art ni à publier ses pièces. La société du temps exige que la femme se conforme aux conventions sociales, son devoir d’épouse et de mère de famille étant au premier plan. Ainsi, elle est limitée par une société qui ne permet pas ce genre de publicité aux femmes et par un père qui écrit à sa fille de 15 ans : 

​« La musique deviendra peut-être pour lui [Félix] son métier, alors que pour toi elle doit seulement rester un agrément, mais jamais la base de ton existence et de tes actes. » 

Source: Wikipédia

Son frère déconseille aussi à Fanny de publier ses œuvres :  

​« L’encourager à publier quoi que ce soit, je ne le puis, car ce serait aller contre mes convictions. Nous avons souvent discuté fermement de cela et je maintiens tout à fait mon opinion... Fanny, telle que je la connais, n’a jamais souhaité devenir compositrice ni avoir une vocation pour cela; elle est trop femme. Elle dirige sa maison et ne pense nullement au public, ni au monde musical, ni même à la musique, tant que ses premiers devoirs ne sont pas remplis. Publier ne pourrait que la distraire de cela et je ne peux pas dire que je l’approuverais. » 

Source: Wikipédia

Il reste à nous poser les questions suivantes : Est-ce que Félix écrivit cela parce qu’il était jaloux des talents de sa sœur? Par égoïsme? Ou à cause d’une croyance mal placée de la société qui dicte la place d’une femme? Peut-être un peu de tout cela! Néanmoins, Fanny composa plus de 460 œuvres durant sa courte vie, étant décédée à l’âge de 41 ans.

 

Notamment : 

  • cinq lieder et un duo pour voix et piano (publiés en 1827 et en 1830, mais sous le nom de son frère Félix dans son recueil Liederheften op. 8 et 9);

  • quatuor à cordes en mi bémol majeur composé en 1834 (publié 150 ans après sa composition);

  • environ 250 lieder pour soprano et piano;

  • plus de 100 pièces pour le pianoforte.

 

Fanny souffre de ces restrictions et écrit :

​« Maintenant que Rebecca [sa sœur] a abandonné le chant, mes lieder ne retiennent plus l’attention et restent inconnus. Si personne n’émet jamais d’opinion ou ne s’intéresse pas du tout aux productions que l’on écrit, non seulement on y perd tout plaisir, mais en plus, tout pouvoir de juger de leur valeur. »

Source: Wikipédia

En 1829, Fanny épouse Wilhelm Hensel, peintre, poète et graveur. Un homme avec une approche plus moderne, il encourage Fanny dans ses œuvres tout au long de sa vie. De plus, il lui écrit plusieurs textes et poèmes qu’elle utilise dans ses lieder (le lieder est un chant  basé sur un poème germanique, chanté par une voix et accompagné par le piano ou par un ensemble d’instruments).

 

Au cours de leur mariage, ils ont un fils qu’ils nomment Sébastien. Une fois mariée, Fanny continue les Sonntagsmusiken chez elle. Ce sont les seules occasions où on lui permet de performer devant un public d’amis et de membres de la famille, et de présenter ses propres œuvres. Les Sonntagsmusiken ont aussi permis à Fanny de diriger une chorale et l’orchestre de la Hofkapelle ainsi que de tisser des liens avec une variété de gens artistiques. Pour en nommer quelques-uns : les frères Humboldt, naturalistes et explorateurs, Franz Liszt, musicien et compositeur, Clara Wieck-Schumann, pianiste et compositrice, Johanna Kinkel, compositrice, écrivaine et révolutionnaire et Heinrich Heine, poète, entre autres.       

  

Encouragée par son époux, « C'est seulement à la fin de sa vie que Fanny s'oppose à l'interdiction de son frère de publier ses œuvres. En un an, elle publie les lieder, les œuvres pour piano et les œuvres vocales pour chœur, avant d'être emportée par un AVC  lors de la répétition pour une Sonntagmusik. Son mari poursuit la publication de ses œuvres après sa mort et c'est seulement en 1987 que la maison d’édition Furore Verlag complétera le catalogue avec des 

œuvres qui sont restées non publiées depuis le milieu du XIX ͤ  siècle. »

Source : France Musique

Essentiellement, c’est Félix Mendelsohn, le frère de Fanny, qui a reçu toute la gloire en tant que compositeur et musicien durant l’époque romantique allemande du XIX ͤ  siècle. Mais Fanny mérite d’être placée dans la galerie des femmes les plus éminentes du XIX ͤ  siècle.

 

À écouter sur YouTube :

Ressources : 

À consulter :

  • E. Sergy, Fanny Mendelssohn, d'après les mémoires de son fils, Paris, Librairie Fischbacher, 1893, 446 p. (lire en ligne)

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