En sourdine

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Maria Anna Mozart, surnommée Nannerl, est née en 1751 à Salzbourg, en Autriche. Ses parents étaient Leopold, professeur de musique, violoniste et compositeur, et Anna Maria (née Pertl). Ils ont eu sept enfants dont seulement deux ont survécu à l’enfance.

 

Dès sa naissance, Nannerl fut entourée de musique à la maison et son père Leopold a commencé à lui enseigner dès l’âge de sept ans. Très tôt, elle fut reconnue comme une enfant virtuose, remarquable au clavecin et au piano-forte. C’est bien documenté dans des lettres et des journaux de l’époque qu’elle avait des habiletés musicales extraordinaires. On peut lire un article dans le « Augsburger Intelligenz-Zettel », daté du 19 mai 1763, qui décrit la prouesse de Nannerl de la façon suivante :

​« Imaginez-vous une petite fille de onze ans interpréter au clavecin les sonates et les concertos les plus complexes des grands maîtres avec une remarquable précision et une légèreté, un talent et un style indicibles. Plusieurs en étaient émerveillés. »

Source: ritacharbonnier.com

De plus, elle pouvait noter de mémoire des mélodies qu’elle entendait à des concerts. Cela est corroboré par des lettres échangées entre elle et son frère cadet, Wolfgang. De temps à autre, elle transcrivait une pièce de musique qu’elle avait entendue à un concert et la postait à son frère Wolfgang, qui appréciait bien ce geste. On sait que Nannerl a aussi composé sa propre musique, car dans une lettre Wolfgang l’encourage à continuer à composer parce qu’il trouve sa musique très belle. Malheureusement, aucune de ses pièces n’existe aujourd’hui.

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Wolfgang est né quatre ans après Nannerl et lui aussi fut reconnu très tôt comme étant un enfant prodige. Dès leur jeune enfance, leur père a fait promouvoir leur talent à la haute société européenne et aux cours royales à travers l’Europe. Comme de raison, c’était payant et les concerts leur ont permis d’avoir un statut social plus élevé et de garnir les coffres de la famille Mozart. À l’époque, Leopold était le « kapellmeister » à la cour du prince-archevêque de Salzbourg. Afin de faire connaître davantage le rare talent de ses enfants en Europe (Nannerl avait onze ans et Wolfgang sept ans), il a dû demander la permission pour s’absenter de sa responsabilité envers le prince-archevêque. La tournée a duré trois ans (1763-1766)! En 1769, Leopold et Wolfgang partirent pour une autre tournée en Italie, mais sans Nannerl.

Historiquement, c’était l’ère où l’on décourageait les femmes d’avoir une carrière musicale ou de composer leur propre musique, peu importe leur talent. Selon l'encyclopédie musicale New Grove,

​« À partir de 1769, on ne lui a plus permis de montrer son talent artistique lors des voyages avec son frère, car elle avait atteint l'âge de se marier. »

C’est à ce moment-là que la vie des deux enfants fut traitée très différemment et que la relation entre eux s’est détériorée. Une fois adolescente, son père a mis toute son énergie sur son fils Wolfgang et il laissa sa fille à la maison avec leur mère. À cette époque, puisqu’il  était acceptable dans la société qu’une femme puisse enseigner, Nannerl donnait des leçons de clavecin, ce qui permettait aussi d’aider financièrement la famille.

 

Nannerl tomba amoureuse de Franz d'Ippold, un capitaine et tuteur, qui demanda à son père Leopold la permission de l’épouser, mais ce dernier finalement refusa.

 

C’est Johann Baptist Franz von Berchtold zu Sonnenburg, un magistrat, deux fois veuf avec cinq enfants, qui fut choisi pour elle. En 1783, en dépit du fait que Wolfgang lui conseille de défier leur père et de marier l’homme de son choix, Nannerl, soumise à son père, l’épousa. Ils eurent trois autres enfants ensemble et elle dévoua les vingt prochaines années à élever leurs enfants. Au cours de leur vie d’adulte, Wolfgang et Nannerl n’échangèrent que quelques lettres formelles.

 

Elle donna naissance à son premier enfant en 1785 qu’elle nomma Leopold d’après son père. Un fait très intéressant est que son père éleva cet enfant jusqu’à son propre décès en 1787. Les historiens se demandent pourquoi Nannerl a permis ceci. Les raisons semblent nombreuses : la santé de Nannerl était fragile après la naissance de son enfant, le petit Leopold était malade, elle avait une grande responsabilité puisqu’elle devait élever cinq autres enfants et son père Leopold voulait se charger d’élever seul un autre génie musical. Quelle que soit la raison, ceci est une autre indication que Nannerl était subjuguée aux volontés de son père!

 

Après le décès de Wolfgang à l’âge de 35 ans, elle consacra son temps à promouvoir la musique de son frère. En 1801, son époux décède et elle retourne à Salzbourg, ainsi qu’à l’enseignement, avec ses quatre beaux-enfants et deux de ses enfants encore en vie. Plus

tard, elle dévoua une grande partie de son énergie à superviser la publication des œuvres de son frère Wolfgang Amadeus Mozart. Nannerl est décédée à l’âge de 78 ans, en 1829, sans avoir pu réaliser son rêve concernant ses propres compositions.

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