Jacqueline Blay : des rives de la Méditerranée
aux plaines manitobaines

Récemment décorée de l’Ordre du Manitoba, Jacqueline Blay a fait de la terre de Louis Riel son champ d’expertise. Au point d’y consacrer une partie de sa vie à l’écriture de son histoire.

Mathieu Lavoie

Jacqueline Blay

Née en Algérie, élevée au Maroc, en France et en Espagne, Jacqueline Blay a d’abord abouti à Louiseville, petite ville de la Mauricie québécoise, à son arrivée en terre nord-américaine. Puis, par un heureux concours de circonstances, elle s’est retrouvée à la station CKSB-Radio de Saint-Boniface à titre de discothécaire. Issue de cette communauté des Pieds-Noirs qui colonisa l’Algérie au nom de la France, Mme Blay est d’avis que son installation au Canada constitue pour elle une seconde naissance. Elle estime même qu’elle n’aurait pu devenir en Algérie l’historienne qu’elle est maintenant au Manitoba. Pourquoi? « Parce que l’Histoire de ma communauté d’origine a dû attendre plusieurs décennies avant de pouvoir être racontée avec objectivité et par des sources primaires et secondaires des deux côtés de cette médaille. Il a fallu attendre les travaux de quelques historiens, dont Benjamin Stora, pour faire ce devoir de mémoire et c’est très bien ainsi. »

Son titre d’historienne lui donne évidemment une position privilégiée pour juger de l’évolution de la francophonie manitobaine. En 50 ans, « le visage de la francophonie manitobaine a évolué dans le domaine de la diversité. Il y a beaucoup plus d’immigrants francophones que par le passé, même si dès la fondation de la province, le Manitoba français a tenté de faire venir des francophones du Québec et de France. » Et qu’en est-il de la fierté franco-manitobaine? A-t-elle changé au fil de ces décennies? « La fierté demeure toute aussi vivace, en ce sens que les gens sont toujours très sensibles au fait qu’ils ont des valeurs bien singulières par rapport au reste du Canada et ce qu’elles ont été, et sont un socle pour la francophonie d’aujourd'hui »

Scruter l’histoire

Depuis quelques années, Jacqueline Blay s’est attelée à raconter l’histoire des francophones au Manitoba. Elle est rendue à son troisième tome. Une gigantesque tâche. « Je ne suis pas surprise par l’ampleur du travail et cela fait des années que je me penche sur ces ouvrages, notamment dans la recherche préliminaire. Même en ayant une maitrise en histoire canadienne, il reste toujours quelque chose de neuf ou un nouvel angle à fouiller. »

Et que peut-on s’attendre pour les deux autres volumes de l’Histoire du Manitoba français à être publiés aux Éditions du Blé? « Les tomes 4 et 5 vont susciter le plus grand intérêt parce que les gens vont se reconnaître ou reconnaître un parent. La plupart de ceux et celles qui me parlent de mes livres me disent qu’ils me font confiance pour dire les choses comme elles se sont passées. Et c’est possible d’honorer cette confiance grâce aux sources primaires sur lesquelles je travaille depuis plus de deux à trois ans maintenant. »

Un mot, en terminant, pour la jeunesse franco-manitobaine. « Je souhaite aux jeunes francophones du Manitoba de bien saisir les rênes de cette communauté qui a beaucoup de vigueur, mais qui, en même temps, est assaillie par des instruments d’assimilation inconnus de leurs parents ou grands-parents. Ils ont accès à des outils communautaires de développement bien rodés et ils sont en cohérence avec leurs pairs anglophones dans bien des domaines. La majorité anglophone n’est plus une menace identitaire pour eux. Ils sont très à l’aise devant les défis qui s’y rattachent. »

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