Blandine Legal Dornez s’est engagée à raconter aux lecteurs du Nénuphar,
ses souvenirs de jeunesse à Sainte-Geneviève, son village natal.

Nous avons eu un service d’autobus de Sainte-Geneviève à Winnipeg durant quelques années. Plusieurs se rendaient faire leurs achats chez Eaton. C’était toute une affaire! Un gros magasin à plusieurs étages, où l’on y vendait de tout! Dans notre village, à part les maisons familiales, il n’y avait que l’école, l’église, le couvent, le presbytère et le petit magasin où l’on se procurait de la nourriture. Aucun restaurant ni hôtel.

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Comme je me mariais en janvier, j’ai été acheter ma robe de noces avec ma mère. Nous sommes revenues avec ma robe (20 $), un voile avec une couronne (10 $), un bouquet de roses en plastique (2 $), des sandales blanches que je pourrais porter en été (1,50 $) et un petit gâteau à trois étages. Je nous vois encore descendre de l’autobus devant chez‑nous avec tout ça.

 

Comme les cartes de crédit n’existaient pas dans ce temps-là... je ne me souviens plus si nous avions même des chèques... il nous fallait payer comptant. Avant de partir, par mesure de sécurité, on plaçait l’argent requis dans nos gaines, que toutes les femmes portaient alors. Arrivées chez Eaton, nous allions à la salle de bain chaque fois que nous devions payer un article.

 

À l’heure du dîner, nous prenions un petit repas qui nous coûtait un gros 2 $. Le menu était toujours le même : pommes de terre pilées, légumes et quatre saucisses au lard, thé comme breuvage et un petit morceau de tarte aux pommes.

 

Un peu avant Noël, il y a eu une fête prénuptiale chez mes beaux-parents. Il y avait de la musique, de la danse, une collation et à la fin, les hommes faisaient passer les souliers de la future mariée et chacun y déposait un peu d’argent. Nous avons ramassé en tout 52,25 $, ce qui nous a permis à mon mari et à moi de nous acheter un ensemble de chambre à coucher, un lit et deux commodes ainsi que des accessoires pour la cuisine. Comme nous avions hérité de la petite ferme et de la vieille maison, il ne nous manquait pas grand-chose. Le salon était vide.
Dans la cuisine, un poêle à bois, une grande table et seulement deux chaises.
Quand la visite venait, mon mari et moi nous nous servions de caisses de
pommes vides comme sièges. C’était solide, mais pas très confortable. Mais
on ne se plaignait pas.

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