Abstraction, contexte
et autres sujets cryptiques pour un Aspie

Une problématique des troubles envahissants du développement, c’est le raisonnement abstrait. Ce qui touche les intangibles. Un intangible, c’est le concept du contexte. Je m’explique. Comme j’adore photographier des grenouilles, en passant devant la bibliothèque du Cégep du Vieux Montréal, je suis attiré par un collage sur la vitrine montrant une grenouille découpée avec des mots de motivation. Bon, pour photographier des grenouilles tous les éléments mentionnés sont importants, tels la patience pour ne pas effrayer les grenouilles, les approcher lentement, l’effort pour endurer les intempéries, le courage de surmonter les maringouins, la solidarité avec les écologistes, en montrant la beauté de la nature. Aussi, la capacité de pouvoir cadrer, faire la mise au point, etc. Bon, ces deux images vont bien ensemble, mais l’image de gauche, même avec l’image de la grenouille, n’a rien à voir avec un cours de photo sur les grenouilles, mais simplement ce qu'il faut pour réussir ses cours au cégep.

 

Lorsqu’une passion l’emporte, un amateur de grenouille va « s’approprier » le contexte de ce qu’il voit, pensant à tort que c’est pour motiver son intérêt pour la photo. Il y a aussi une statue grecque, dans la même bibliothèque, et ce n’est pas non plus une invitation à étudier dans son plus simple appareil. Comment intégrer le contexte : je ne sais pas pourquoi on a choisi une grenouille pour illustrer ces termes de motivation, car je n’étais pas là lors de l’installation de ce montage. On peut spéculer n’importe quoi, mais ayant été moi-même étudiant, ces mots concordent avec ce qu’il faut pour réussir ses cours.

 

Le concept du contexte est pour rappeler que ce que l’on voit ne suit pas nécessairement le cheminement de nos pensées. On peut entendre une bribe de conversation et souvent on peut prendre ce qui se dit hors contexte, par exemple : « Je l’ai tué, mon ordinateur marche bien plus rapidement ». Non, on ne doit pas appeler la police, car on ne sait pas de quoi cette personne parle étant donné que l’on n’a pas entendu ce qu’elle a dit avant. De plus, tuer en informatique, surtout en Linux, c’est de stopper un processus, surtout qui tourne en boucle infinie. Il y a une commande « kill » (tuer), en Linux, pour arrêter certains processus qui boguent. Alors il ne faut pas paniquer.

 

Pour certains neurotypiques, dire des choses sans mise en contexte peut être une sorte de « péché ». C’est pourquoi il faut utiliser des phrases comme « Changement de sujet » et « À propos de tes… » pour aborder un autre sujet si l’on ne veut pas confondre l’interlocuteur. Et il faut bien écouter avant d’embarquer dans une conversation, pour bien saisir le contexte, surtout si le sujet met mal à l’aise.

 

Dans les conversations, on entend souvent des clichés, des phrases qui semblent dire une chose, mais par leur côté répétitif, peuvent ne vouloir rien dire. Certains incluent même des expressions familières, qui sont aussi des clichés, par exemple : « respire par le nez », « restons zen » et « cheveux longs, idées courtes ». À chaque époque ses clichés, comme les deux premiers exemples étaient fort présents durant la mode « new age » des années 80, et la dernière date des années 60. Avec le temps, ces expressions vont être oubliées et d’autres vont les remplacer, souvent anglaises comme « chill out » et « peace and love ».

 

Le concept même du cliché est abstrait, car il y a plein d’autres expressions et de façons de parler qui ne sont pas des clichés, mais qui ressemblent aux exemples mentionnés. En général, j’utilise peu les expressions familières, plutôt un vocabulaire plus « formel » dans mon choix de mots. « Respire par le nez » est remplacé par « soyons calme » (ou relaxe).

 

Un autre concept abstrait, c’est si un sujet est devenu obsolète, démodé ou « vieux ». Cela devient frustrant lorsqu’on ne sait pas si l’on est la dixième personne à aborder un sujet durant une conversation. Pour moi, tout me semble récent, sans concept de ce qui est vieux ou récent. Avec le temps, c’est savoir écouter avant d’embarquer dans une conversation et de donner son grain de sel, et cela évite bien des frustrations.

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