Les obligations (suite)

Pourquoi le rendement des obligations du Venezuela est-il tellement plus élevé que leur taux d’intérêt? Pour expliquer ceci, revenons à Les cornets glacés de Jim et imaginons que Bob a bien réussi et qu’il est en mesure d’offrir une obligation dont les conditions attirent beaucoup d’investisseurs. Il vend pour 100 millions de dollars d’obligations à 1 000 $ avec un taux d’intérêt de 5 %. Dans ce cas, au moment de la vente, le rendement est égal au taux d’intérêt, c’est-à-dire que le rendement total est de 5 % par 1 000 $. Toutefois, si le prix de l’obligation change par la suite, disons pour le double, alors le rendement diminue de moitié et si le prix diminue de moitié, alors le rendement double. Plus précisément, avec une obligation d’une valeur de 1 000 $, vous recevez 50 $ par année (sur la base de 5 % d’intérêts). Si le prix de l’obligation double à 2 000 $, vous recevrez encore 50 $ par année, mais le taux réel d’intérêt ou de rendement est maintenant à 2,5 %. Dans le cas contraire, si le prix de l’obligation descend à 500 $ vous faites toujours 50 $ par année, mais votre rendement est de 10 %.

 

Le prix d’une obligation peut varier parce que, comme les actions, les obligations sont achetées et vendues sur le marché. Au départ, le prix de vente d’une obligation sera celui que vous avez payé, mais avec le temps, le prix change en fonction du bon rendement de l’entreprise. Les termes de l’obligation ne peuvent changer, mais le prix peut fluctuer. Les taux d’intérêt peuvent avoir un effet sur la valeur des obligations. Par exemple, si l’intérêt monte, une obligation à taux d’intérêt bas verra sa valeur diminuer et vice versa, si les taux d’intérêt baissent, alors une obligation à taux d’intérêt élevé vaudra davantage. Une autre chose qui peut influencer le prix d’une obligation sera la capacité de Les cornets glacés de Jim de rembourser son prêt. Par exemple, il se pourrait que la compagnie de Bob éprouve des difficultés et qu’elle soit incapable de payer ses obligations. Alors le prix de l’obligation peut se diriger dans la catégorie des obligations de pacotilles et finir par n’être que de 300 $. Ou vous l’avez peut-être achetée à 300 $ à ce moment-là, et maintenant la compagnie va très bien et votre obligation se vend maintenant 1 100 $. Il y a donc plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte, un peu comme pour les actions.

Notes souveraines attribuées par Standard & Poor's

World_countries_Standard_&_Poor's_rating

Un autre exemple concret : en ce moment, les obligations du Venezuela offrent un rendement de plus de 50 % parce qu’elles valent 28 ¢ au dollar. Autrement dit, si vous avez acheté une obligation de 1 000 $, elle se vend en ce moment 280 $ sur le marché. La réduction du prix implique que vous recevez maintenant plus de 50 % sur l’obligation. Ce qui veut dire que tous les deux ans, vous récupérez votre argent intégralement. Le bémol est que, à n’importe quel moment, les bons peuvent ne plus rien valoir du tout et vous ne recevrez aucun argent.

 

C’est donc à vous, à titre d’investisseur, de déterminer combien de risque vous êtes prêt à prendre. Plus le risque est grand, meilleur est le rendement. Les obligations de pacotilles des années 80 furent très populaires parce que des petites compagnies, qui parfois n’avaient aucune valeur, s’en servaient pour racheter d’autres compagnies par endettement. C’est ce qui a alimenté toutes les fusions et acquisitions, et les prises de contrôle hostile des années 80, et c’est ce dont il est question dans le film Wall Street avec Michael Douglas et Charlie Sheen. Parce que les plus petites compagnies n’ont souvent que peu d’actif, elles doivent émettre des obligations de pacotille. Le principe est qu’après l’acquisition, la petite compagnie pouvait se servir des revenus de la plus grande pour rembourser les obligations. C’était une stratégie risquée et c’est la raison pour laquelle ces obligations étaient définies « de pacotille ». Ça a fonctionné pendant un temps, mais, tout comme le krach immobilier, ça s’est arrêté subitement à la fin des années 80 parce que personne n’était plus intéressé à investir dans ces obligations de pacotille à cause de leurs risques élevés. Bien entendu, c’est plus compliqué que ça et si vous voulez en apprendre davantage sur cette époque, je vous recommande de lire au sujet de la crise financière qui a touché les épargnes et les prêts.

 

Quelques obligations sont un peu plus complexes à évaluer parce qu’elles peuvent comporter certaines conditions spéciales. Par exemple, un gouvernement peut émettre des obligations exonérées d’impôt. Ce genre d’obligation est courant chez les obligations municipales, que l’on appelle des munis. Le problème est que pour obtenir l’économie fiscale, vous devez en général vivre dans un endroit particulier. Par exemple, une obligation exonérée d’impôt de la Californie va probablement représenter un coût fiscal pour les détenteurs d’obligations au Canada. C’est donc important de vérifier les détails de ces obligations « libres d’impôt ». Ce genre d’obligations est souvent émis dans le cadre de projets locaux comme des ponts, des hôpitaux, des écoles, des routes, etc.

 

En général, les obligations peuvent être un excellent investissement et plusieurs personnes telles que Warren Buffett (une des personnes les plus riches au monde) ont fait fortune avec des obligations. La chose à se rappeler est que, contrairement aux actions où vous considérez la capacité de croissance d’une compagnie, vous considérez plutôt la capacité du porteur de l’obligation de rembourser ses prêts. Il y a là une différence subtile, mais majeure. Une compagnie qui ne croît pas peut être très bonne à rembourser son emprunt, par exemple si elle est située dans un marché stable et qu’elle génère des ventes régulières. De même, une compagnie qui croît à vue d’œil peut se servir d’un effet de levier (emprunter pour prendre de l’expansion) et ses obligations peuvent en fin de compte constituer un très mauvais investissement. Tant que vous gardez à l’esprit les différents objectifs, vous devriez réussir très bien dans le monde des actions et des obligations.

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