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Les obligations

L’individu moyen est familier avec les actions qui sont tout simplement des parts de la propriété d’une entreprise. Par contre, lorsqu’on parle d’obligations, beaucoup moins de gens les connaissent, même s’il ne s’agit que d’une autre forme d’investissement. Bien des raisons peuvent expliquer cette situation, la plus importante étant qu’on ne voit pas le même intérêt dans les obligations parce qu’en général, leur prix ne fluctue pas aussi vite ou certainement pas autant. Par exemple, une obligation ne va jamais augmenter de 10 fois sa valeur en un an, mais de la même façon, elle n’aura pas tendance à s’écraser aussi souvent ou aussi rapidement. Cependant, elles tendent à être un peu plus complexes à comprendre et à évaluer. Une obligation n’est en fait qu’un prêt de la part d’une entité à un détenteur d’obligation. Par conséquent, la valeur d’une obligation repose sur la capacité de remboursement de l’émetteur de cette obligation (compagnie, gouvernement ou autre entité qui emprunte de l’argent). Les obligations ont acquis une certaine notoriété durant la Deuxième Guerre mondiale parce qu’elles ont servi à payer 

les efforts de guerre. Aussi, durant les années 80, les obligations de pacotille (à haut risque) sont devenues très populaires pour permettre aux entreprises de procéder à des achats par endettement ou à des prises de contrôle hostile.

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Alors, qu’est-ce qu’une obligation exactement? Une obligation est une dette qui vous est due par une compagnie, un pays, une ville, une municipalité, etc. La façon la plus simpliste de considérer les obligations est d’imaginer qu’elles sont le contraire de votre hypothèque où, au lieu que vous empruntiez de l’argent auprès d’une banque, c’est la banque qui vous en emprunte. Sauf qu’au lieu d’être une banque, il s’agit d’un pays, d’une ville, etc. qui emprunte de l’argent. Contrairement à une hypothèque toutefois, une obligation est une petite portion du montant total de l’emprunt, exactement comme une action est aussi une petite portion du montant de l’emprunt. L’emprunt est divisé en petits montants qui seront partagés par plusieurs personnes (par exemple, chaque obligation vaudra 1 000 $ du montant total de l’emprunt). L’obligation (votre part de l’emprunt) va comprendre le taux d’intérêt, les conditions de remboursement, le prix, la date d’échéance et ainsi de suite.

Pour mieux expliquer les obligations, prenons un exemple précis. Nous allons suivre une compagnie imaginaire qui émet des obligations. Ce pourrait être tout aussi bien une ville, un pays ou autre. Dans notre cas, la compagnie s’appelle Les cornets glacés de Jim et elle vend des cornets glacés aux gens qui habitent au nord du cercle polaire arctique. Grâce à une formidable équipe de vente, Jim a pu faire croître son entreprise, malgré que les chances de réussite étaient fortement contre lui. Au tout début, il a eu de la difficulté à obtenir des prêts de la banque et il a tout financé lui-même. Lorsque sa compagnie a pris de l’ampleur, il a pu obtenir quelques prêts bancaires. Aujourd’hui, l’entreprise de Jim est très importante et elle vaut plus d’un milliard de dollars.

Jim veut maintenant étendre ses activités à plusieurs îles tropicales. Il est très enthousiaste à l’égard des perspectives, mais pour cela, il doit installer de nouvelles usines et des magasins sur les îles tropicales et cela coûte plus que ce qu’il possède en ce moment. Son entreprise est une société cotée en bourse (ses actions sont négociées sur les marchés boursiers) et Jim peut emprunter de l’argent auprès des banques ou il peut décider d’offrir des obligations, c’est-à-dire emprunter de l’argent auprès d’individus comme vous. Jim décide qu’il préfère offrir des obligations pour emprunter l’argent dont il a besoin pour prendre de l’expansion.

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles une entreprise préférerait émettre des obligations plutôt que d’emprunter auprès d’une banque, ou vice versa, mais dans ce cas-ci, Les cornets glacés de Jim émet des obligations parce qu’elle croit qu’elle obtiendra des conditions plus favorables. D’abord, Jim croit pouvoir obtenir un taux d’intérêt plus bas que celui offert par les banques à cause de son bon pointage de crédit et parce que le marché aime vraiment beaucoup son entreprise. L’autre important bénéfice pour la compagnie de Jim est qu’il peut fixer les intérêts des obligations à 5 % pendant 20 ans, alors que les banques ne vont fixer les taux d’intérêt que pendant 5 ans. Mais le plus important est que les banques posent comme condition au prêt que la compagnie ne puisse s’étendre à d’autres parties du monde tant que le prêt n’est pas remboursé dans sa totalité. Il n’y a aucune restriction de ce genre avec une obligation.

Même si Jim a beaucoup plus de contrôle sur les termes du prêt avec des obligations, s’ils sont trop en sa faveur, les obligations ne se vendront pas et il ne pourra pas obtenir l’argent dont il a besoin. Jim doit arriver à un équilibre en rendant les termes de l’obligation attrayante pour les investisseurs de façon à pouvoir en vendre pour 100 millions de dollars. C’est difficile à équilibrer.

Au-delà des termes des obligations, les investisseurs vont tenir compte de la capacité de Les cornets glacés de Jim de rembourser les obligations. Un peu de la même façon que la banque examine votre revenu et vos dépenses, entre autres, pour vous accorder un taux de crédit sur votre hypothèque, il existe des services qui procurent un taux de crédit aux compagnies. Les trois grandes agences de cotation de crédit sont Moody’s, S&P et Fitch Ratings. Ces agences émettent une cotation entre « AAA » et « D » (en défaut). Plus élevée est la cotation, plus grandes sont les chances que vous remboursiez votre emprunt. Une cotation trop basse, et l’on jugera que votre société offre des « obligations de pacotille », autrement dit des obligations de moins bonne qualité. Ceci équivaut à quelqu’un se faisant refuser une hypothèque parce que leur pointage de crédit est trop élevé, à moins d’être prêt à payer des taux d’intérêt très élevés.

Tableau des différentes échelles de notation des principales agences de cotation des titres :
Moody's, Standard & Poor's (« S&P ») et Dominion Bond Rating Service (« DBRS »).

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Pour vous donner un exemple plus concret, des obligations cotées triple A (AAA) vont certainement se vendre à des termes et taux d’intérêt très avantageux. Jusqu’à tout récemment, on considérait le gouvernement des États-Unis comme étant la norme « or » et ses obligations avaient la plus haute cotation grâce à sa capacité de les rembourser. Il n’a jamais failli et peut accroître les taux de taxation pour rembourser ses obligations. En 2011, sa cotation a baissé à AA+ ce qui représente toujours une cotation extraordinaire même si elle est plus basse. Il n’y a que deux compagnies qui ont une cotation supérieure : Microsoft et Johnson & Johnson.

En comparaison, les obligations du Vénézuéla sont présentement considérées des obligations de pacotille avec une très forte probabilité de faillir à rembourser à cause de ses problèmes économiques. Le taux d’intérêt accordé à ses obligations, en ce moment, est d’environ 15 %, mais le vrai rendement est de plus de 50 %. Cela signifie que vous pouvez obtenir un revenu d'intérêts de 50 % sur des obligations émises par le Vénézuéla comparé à... disons 5 % sur des obligations des États-Unis. C’est une énorme différence! Mais n’oubliez pas que les chances que le Vénézuéla faillisse et ne rembourse rien du tout de vos obligations sont beaucoup plus élevées.

* * *

Différence entre les taux d’intérêt et le rendement

Pourquoi le rendement des obligations du Venezuela est-il tellement plus élevé que leur taux d’intérêt? Pour expliquer ceci, revenons à Les cornets glacés de Jim et imaginons que Bob a bien réussi et qu’il est en mesure d’offrir une obligation dont les conditions attirent beaucoup d’investisseurs. Il vend pour 100 millions de dollars d’obligations à 1 000 $ avec un taux d’intérêt de 5 %. Dans ce cas, au moment de la vente, le rendement est égal au taux d’intérêt, c’est-à-dire que le rendement total est de 5 % par 1 000 $. Toutefois, si le prix de l’obligation change par la suite, disons pour le double, alors le rendement diminue de moitié et si le prix diminue de moitié, alors le rendement double. Plus précisément, avec une obligation d’une valeur de 1 000 $, vous recevez 50 $ par année (sur la base de 5 % d’intérêts). Si le prix de l’obligation double à 2 000 $, vous recevrez encore 50 $ par année, mais le taux réel d’intérêt ou de rendement est maintenant à 2,5 %. Dans le cas contraire, si le prix de l’obligation descend à 500 $ vous faites toujours 50 $ par année, mais votre rendement est de 10 %.

 

Le prix d’une obligation peut varier parce que, comme les actions, les obligations sont achetées et vendues sur le marché. Au départ, le prix de vente d’une obligation sera celui que vous avez payé, mais avec le temps, le prix change en fonction du bon rendement de l’entreprise. Les termes de l’obligation ne peuvent changer, mais le prix peut fluctuer. Les taux d’intérêt peuvent avoir un effet sur la valeur des obligations. Par exemple, si l’intérêt monte, une obligation à taux d’intérêt bas verra sa valeur diminuer et vice versa, si les taux d’intérêt baissent, alors une obligation à taux d’intérêt élevé vaudra davantage. Une autre chose qui peut influencer le prix d’une obligation sera la capacité de Les cornets glacés de Jim de rembourser son prêt. Par exemple, il se pourrait que la compagnie de Bob éprouve des difficultés et qu’elle soit incapable de payer ses obligations. Alors le prix de l’obligation peut se diriger dans la catégorie des obligations de pacotilles et finir par n’être que de 300 $. Ou vous l’avez peut-être achetée à 300 $ à ce moment-là, et maintenant la compagnie va très bien et votre obligation se vend maintenant 1 100 $. Il y a donc plusieurs facteurs qui entrent en ligne de compte, un peu comme pour les actions.

Notes souveraines attribuées par Standard & Poor's

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Un autre exemple concret : en ce moment, les obligations du Venezuela offrent un rendement de plus de 50 % parce qu’elles valent 28 ¢ au dollar. Autrement dit, si vous avez acheté une obligation de 1 000 $, elle se vend en ce moment 280 $ sur le marché. La réduction du prix implique que vous recevez maintenant plus de 50 % sur l’obligation. Ce qui veut dire que tous les deux ans, vous récupérez votre argent intégralement. Le bémol est que, à n’importe quel moment, les bons peuvent ne plus rien valoir du tout et vous ne recevrez aucun argent.

 

C’est donc à vous, à titre d’investisseur, de déterminer combien de risque vous êtes prêt à prendre. Plus le risque est grand, meilleur est le rendement. Les obligations de pacotilles des années 80 furent très populaires parce que des petites compagnies, qui parfois n’avaient aucune valeur, s’en servaient pour racheter d’autres compagnies par endettement. C’est ce qui a alimenté toutes les fusions et acquisitions, et les prises de contrôle hostile des années 80, et c’est ce dont il est question dans le film Wall Street avec Michael Douglas et Charlie Sheen. Parce que les plus petites compagnies n’ont souvent que peu d’actif, elles doivent émettre des obligations de pacotille. Le principe est qu’après l’acquisition, la petite compagnie pouvait se servir des revenus de la plus grande pour rembourser les obligations. C’était une stratégie risquée et c’est la raison pour laquelle ces obligations étaient définies « de pacotille ». Ça a fonctionné pendant un temps, mais, tout comme le krach immobilier, ça s’est arrêté subitement à la fin des années 80 parce que personne n’était plus intéressé à investir dans ces obligations de pacotille à cause de leurs risques élevés. Bien entendu, c’est plus compliqué que ça et si vous voulez en apprendre davantage sur cette époque, je vous recommande de lire au sujet de la crise financière qui a touché les épargnes et les prêts.

 

Quelques obligations sont un peu plus complexes à évaluer parce qu’elles peuvent comporter certaines conditions spéciales. Par exemple, un gouvernement peut émettre des obligations exonérées d’impôt. Ce genre d’obligation est courant chez les obligations municipales, que l’on appelle des munis. Le problème est que pour obtenir l’économie fiscale, vous devez en général vivre dans un endroit particulier. Par exemple, une obligation exonérée d’impôt de la Californie va probablement représenter un coût fiscal pour les détenteurs d’obligations au Canada. C’est donc important de vérifier les détails de ces obligations « libres d’impôt ». Ce genre d’obligations est souvent émis dans le cadre de projets locaux comme des ponts, des hôpitaux, des écoles, des routes, etc.

 

En général, les obligations peuvent être un excellent investissement et plusieurs personnes telles que Warren Buffett (une des personnes les plus riches au monde) ont fait fortune avec des obligations. La chose à se rappeler est que, contrairement aux actions où vous considérez la capacité de croissance d’une compagnie, vous considérez plutôt la capacité du porteur de l’obligation de rembourser ses prêts. Il y a là une différence subtile, mais majeure. Une compagnie qui ne croît pas peut être très bonne à rembourser son emprunt, par exemple si elle est située dans un marché stable et qu’elle génère des ventes régulières. De même, une compagnie qui croît à vue d’œil peut se servir d’un effet de levier (emprunter pour prendre de l’expansion) et ses obligations peuvent en fin de compte constituer un très mauvais investissement. Tant que vous gardez à l’esprit les différents objectifs, vous devriez réussir très bien dans le monde des actions et des obligations.

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